De la résidence à la Maison de l’Enfance et de l’Adolescence sont sortis deux enjeux : « Comment pourrions-nous humaniser le processus d’accueil pour accompagner l’orientation des patients et des proches afin de s’adapter à leur singularité ? » et « Comment proposer aux patients, à leurs proches et aux soignants, des espaces et/ou moments de privacité et d’intimité seul ou à plusieurs pour apporter un sentiment de réconfort et de sécurité permettant de (re-)tisser des liens ? »
Pour les approfondir, nous avons fait de la veille : ouvrir nos questions à d’autres réponses que celles de notre seul terrain, aller chercher dans la littérature et dans des projets, parfois très éloignés du soin, ce que d’autres ont imaginé face aux mêmes questions.
Nous avons ouvert de nombreuses fenêtres, parfois très loin du monde hospitalier : un parc de Copenhague aux zones colorées, une bibliothèque islandaise devenue lieu de contemplation de l’eau, des livrets qui racontent l’hôpital aux enfants, des pairs-aidants dont l’écoute réduit l’asymétrie entre soignants et soignés. À chaque fois, la même intuition : l’accueil n’est pas un sas administratif, c’est déjà le début du soin.
Pour l’espace cocon : salles Snoezelen, cocons de ruban adhésif, fauteuils qui se gonflent pour contenir, cabanes où l’on raconte ses rêves, et une réflexion sur l’architecture du soin, d’Alvar Aalto à aujourd’hui. Le cocon, la cabane, l’alcôve : des figures poétiques, mais aussi des réponses sérieuses au besoin fondamental d’être contenu pour se sentir en sécurité.
Ce document rassemble cette récolte, en attendant d’en faire des communs que d’autres pourront s’approprier à leur tour. Vous pouvez le consulter ici Toutes les références de l’iconographie sont à retrouver dans le document téléchargeable.
Notre premier temps de résidence aux EPI de Thônex a fait émerger deux enjeux : « Comment pourrions-nous créer un espace d’accueil pour favoriser les rencontres, qui permettent aux personnes de se sentir bienvenues, légitimes et orientées, sans que cette rencontre ne pèse sur le collectif ? » et « Comment valoriser la finesse des formes de communication mises en place autour des individualités, pour la défendre comme pratique de soin, la nourrir, la partager entre pairs et faciliter sa compréhension par les proches ? » Pour les creuser, nous avons pris le temps de la veille : mettre nos questions en regard d’expériences voisines ou lointaines, et nous laisser enseigner par celles et ceux qui les ont déjà traversées.
Côté espace de rencontre, la veille nous a conduit·e·s vers des lieux qui soignent par leur seule présence : une maison d’accueil pour adultes autistes pensée dans ses moindres matières, un centre londonien où la couleur filtre la lumière, des alcôves et du mobilier modulable qui offrent un retrait sans obliger à partir. Elle rappelle aussi qu’accueillir collectivement sans effacer les individualités, c’est tout un art.
Côté communication, la veille célèbre les langues qui naissent là où les mots ne suffisent plus : pictogrammes inclusifs, histoires confiées aux objets, théâtre et danse qui donnent corps à la parole, vannerie comparée à une poésie. Ces langages ne sont pas des versions simplifiées de la communication verbale. Ce sont des idiomes complets, qui demandent à être vus, reconnus, transmis.
Ce document rassemble cette récolte, en attendant d’en faire des communs que d’autres pourront s’approprier à leur tour. Vous pouvez le consulter ici Toutes les références de l’iconographie sont à retrouver dans le document téléchargeable.
De notre premier temps de résidence au CausE sont sortis deux enjeux : « Comment peut-on permettre aux résidents qui sont en permanence en collectif de pouvoir se reconnecter à eux-mêmes et valoriser leur individualité ? » et « Comment valoriser et développer les “outils” du prendre soin pour permettre aux travailleurs sociaux de sortir ponctuellement de l’urgence tout en tenant compte des contraintes de temps et de ressources ? » Pour les approfondir, nous avons fait de la veille : ouvrir nos questions à d’autres réponses que celles de notre seul terrain, aller chercher dans la littérature et dans des projets ce que d’autres ont imaginé face aux mêmes questions.
Pour la reconnexion à soi, la veille rassemble des pistes pour se retrouver seul dans le collectif : micro-architectures refuges comme un cocon de cartons pliés à Séoul ou une structure itinérante en Équateur, ateliers de partage et de transmission qui aident à renouer avec soi, et des recherches qui lèvent un tabou : l’intimité des personnes sans abri paraît « indécente » à côté des urgences de la survie, mais c’est pourtant un droit fondamental.
Pour sortir de l’urgence, la veille rassemble ce qui aide à respirer : des projets qui recréent du lien, des dispositifs pour s’isoler un moment, des écrits qui nomment l’épuisement de l’urgence. Parce qu’on ne peut prendre soin durablement si personne ne prend soin de celles et ceux qui accompagnent.
Ce document rassemble cette veille, et vous pouvez le consulter ici Toutes les références de l’iconographie sont à retrouver dans le document téléchargeable.
Elinor Ostrom définissait les communs par trois dimensions : une ressource, une communauté et un ensemble de règles d’usage arrêtées par cette communauté. Le concept de biens communs globaux (ou mondiaux) est une extension de ce cadre initial : l’analyse ostromienne, qui portait sur des ressources locales gérées par des communautés restreintes aux frontières délimitées, s’est étendue à des systèmes se déployant à toutes les échelles - y compris planétaire - et à des biens non matériels (communs digitaux, culturels, scientifiques).
Les communs globaux désignent ainsi des biens (matériels ou immatériels) qui appartiennent à l’humanité entière et ne devraient appartenir à personne en particulier. Ils se caractérisent par leur non-exclusivité (tout le monde y a accès, y compris les générations futures) et leur non-rivalité (la consommation par certains n’en réduit pas la disponibilité pour les autres). La couche d’ozone, le climat, la haute mer, les connaissances scientifiques ou la paix internationale en sont des exemples, qu’ils soient naturels, créés par l’homme ou produits par la société. Le droit international hésite d’ailleurs entre deux figures : la res nullius (n’appartient à personne, donc appropriable) et la res communis (appartient à tous, inappropriable mais d’usage soumis à l’intérêt collectif).
L’enjeu central est paradoxal : plus un bien est partagé, moins il semble défendu. Et surtout, à l’échelle globale, les usagers — par définition innombrables — ne forment pas (ou pas encore) une communauté capable de s’autogouverner, d’où la difficulté de parler de communs globaux dans le même sens que les communs locaux. C’est ce qu’exprime De Angelis (2003) quand il dit que « les communs “globaux” sont des communs sans communautés ». Pour Daniel Festa (2016), le risque est de « renvoyer les communs à une communauté humaine indéterminée et désincarnée, d’échelle globale ».
Or, en l’absence d’une telle communauté, la logique prédatrice du marché, de la privatisation et de la dérégulation mène une véritable « guerre au bien commun » : confiscation privative du patrimoine, affaiblissement des États au profit des pouvoirs privés mondiaux. L’eau illustre ce basculement : bien public libre et abondant devenu marchandise rare, disputé entre logiques financières (donner un prix à l’eau) et reconnaissance d’un droit fondamental — le concept révélateur d’« eau virtuelle » montrant que les choix de gestion sont toujours politiques.
Trois dangers sont classiquement identifiés pour les biens communs globaux : le profiteur (free rider) qui bénéficie du bien sans payer sa part ; l’effet Matthieu (« à celui qui a on donnera encore »), par lequel ceux qui disposent de moyens tirent un avantage disproportionné des biens accessibles à tous ; et le dilemme du prisonnier, où l’absence de confiance et de coordination entre États conduit à un résultat sous-optimal pour l’humanité entière.
Ces phénomènes appellent une régulation collective et une volonté générale mondiale dépassant la somme des intérêts particuliers — d’autant que les générations futures, absentes du débat, subissent les externalités négatives des contemporains (climat, biodiversité, déchets spatiaux).
Trois principes peuvent guider la défense des communs globaux :
l’altérité : maximiser les avantages des plus défavorisés tout en valorisant la diversité des modes de vie ;
l’inaliénabilité : nul ne peut privatiser un bien public mondial ; chaque humain naît copropriétaire du domaine public mondial, ce qui fonde sa dignité et sa confiance ;
la subsidiarité : la souveraineté sur la chose publique mondiale appartient à la communauté des personnes, et non aux États, avec un droit de regard et de bénéfice reconnu aux plus défavorisés.
Quéau, P. (2000). Chapitre XII. Le concept de bien commun mondial. La Planète des esprits : Pour une politique du cyberespace (p. 175-209). Odile Jacob.
Vievard, L. (2009). Biens publics mondiaux (BPM), biens communs (CPR) : deux notions émergentes concurrentes ? Lyon : Millénaire3, Centre Ressources Prospectives du Grand Lyon.
Les fantastiques communs soutiennent, produisent et partagent principalement des communs de la connaissance. Mais ceux-ci sont une forme de communs parmis d’autres, avec lesquels ils partagent des manières de faire, et une histoire. C’est cette histoire, qui relie les communs de la connaissance à l’ensemble des communs, que nous vous partageons ici.
Les fantastiques communs soutiennent, produisent et partagent principalement des communs de la connaissance. Mais ceux-ci sont une forme de communs parmi d’autres, avec lesquels ils partagent des manières de faire, et une histoire. C’est cette histoire, qui relie les communs de la connaissance à l’ensemble des communs, que nous vous partageons ici.
Les communs existent sous de nombreuses formes depuis très longtemps. Ils ont acquis des significations différentes au cours du temps. Dans cet article publié sur bpi, c’est cette histoire que Silvère Mercier retrace brièvement.
A l’origine des (biens) communs.
Historiquement, les biens communs ne se sont pas développés contre le monde marchand, mais contre la puissance publique incarnée par le Roi.
Le chercheur en sciences de l’information Hervé Le Crosnier rappelle l’origine des commons : au XIIe siècle, un droit d’usage voulait que dans les forêts et sur les terres communales, les villageois soient autorisés à laisser paître leurs bêtes, ramasser du bois mort, récolter du miel ou des champignons. Ces droits n’avaient nul besoin d’être inscrits dans des lois puisqu’il s’agissait de biens communs (en anglais, commons). Mais au XIIIe siècle, en Angleterre, le roi Jean et les Barons lancent un mouvement d’enclosure des Communs et provoquent une révolte populaire.
Cet épisode historique illustre ce que le biologiste Garrett Hardin décrira comme « La tragédie des communs » dans un article daté de 1968 et resté célèbre. Il y explique que les communs ne sont pas un mode de gestion efficace parce que les collectifs ne peuvent assurer une renouvellement et un entretien des ressources. L’égoïsme naturel des hommes suppose selon lui une gestion soit publique, soit privée. Cette conception domine jusqu’à aujourd’hui et alimente largement la vision d’un Homo oeconomicus faisant des choix rationnels et supposé n’avoir aucun intérêt à coopérer avec ses semblables.
Pourtant, en 2009, la politologue américaine Elinor Ostrom obtient le prix Nobel d’économie avec Oliver Williamson, « pour son analyse de la gouvernance économique, et en particulier, des biens communs ». Par ses travaux sur la gestion directe des réseaux d’irrigation en Californie du Sud ou les façons dont des copropriétaires peuvent gérer correctement et collectivement les immeubles, elle contribue à renouveler la manière dont on pense les rapports de l’individu au collectif.
En quoi cela peut-il résonner avec le monde actuel ? A l’heure des réactions catastrophistes à la crise écologiste et de la recherche d’accords mondiaux, les travaux d’Elinor Ostrom nous invitent à des utopies pragmatiques… Dans son ultime article à propos des négociations de Rio en 2012, elle indique : « Des dizaines d’années de recherche montrent qu’un éventail de mesures évolutives, complémentaires au niveau urbain, régional, national et international a plus de chance de réussir qu’un accord universel et contraignant, car il permettrait de disposer d’un recours en cas d’échec de certaines de ces mesures. »
Nous avons assisté à une table ronde organisée par le collectif Marseille Hospitalités à la combinerie à Marseille qui posait la question suivante : comment conjuguer hospitalité et soin dans le champ de la santé mentale? Avec cet article, nous vous proposons une mise en perspective des éléments phares de cette discussion, sans visée d’exhaustivité. En guise de conclusion, vous trouverez à la fin un lexique qui revient sur les notions fondamentales de cette rencontre.
Un grand merci aux organisateur·rices de cette rencontre et au intervenant·es :
- Aroun Mariadas, animateur d’ateliers d’écriture et membre du Cofor
– Vincent Comailles, Direction opérationnelle, Formations rétablissement UCSD Pair Aidance, Logement d’Abord IPS, WFX Formations
– Carine Delanoe-Vieux, docteure en design, collectif Marseille HospitalitéS
- Ludovic Bonnet, équipe mobile MARS
- Justine Bonne et Laurena Delmarle, respectivement directrice et coordinatrice de la combinerie
Extrait
« Ce double mouvement, de réforme de l’institution et de pratiques de psychiatrie communautaire, participe au besoin de changer de regard sur la maladie mentale. Nul n’a besoin d’exclure l’autre : alors que l’institution se doit de se mettre en ordre de marche pour repenser la place des personnes concernées dans le soin, la crainte d’une forme de normativité du tiers secteur psychiatrique ne doit pas empêcher ce travail pédagogique vers l’institution. L’hospitalité naît de cette rencontre. Lorsque les pratiques professionnelles évoluent en même temps que les représentations collectives, il devient possible de construire d’autres récits sur la santé mentale : des récits où les personnes concernées ne sont plus définies par leur diagnostic, mais reconnues comme des citoyens à part entière. »
Pour lire l’intégralité de l’article, c’est par ici
Et si le concierge inspirait l’innovation sociale ? Réflexions et pistes pour demain
Le concierge, autrefois pilier discret mais indispensable des immeubles urbains, a vu son rôle s’effriter avec le temps. pendant des décennies, cette figure a incarné une position sociale ambivalente : gardienne de la vie collective tout en étant reléguée en marge des hiérarchies urbaines, reflétant ainsi les inégalités des sociétés industrielles. Aujourd’hui, la montée des coûts du foncier, l’optimisation des charges de copropriété et l’automatisation des services ont progressivement effacé sa présence. Les digicodes, les caméras et les applications de gestion ont remplacé cette présence humaine, réduisant le concierge à une simple ligne budgétaire. Pourtant, cette disparition a aussi signifié la perte d’un lien social essentiel, d’une mémoire vivante et d’une présence chaleureuse dans les immeubles.
Aujourd’hui, cette figure est en train de renaître sous une nouvelle forme, portée par des dynamiques d’innovation sociale. Dans des lieux de soin, les concierges ne se contentent pas de gérer des tâches techniques : ils et elles facilitent le quotidien, recréent du lien et humanisent des espaces souvent aseptisés par la modernité. Leur rôle évolue vers celui de médiateur·rice·s, d’animateur·rice·s de la vie collective et de gardien·ne·s d’une hospitalité urbaine trop souvent oubliée.
C’est cette dimension humaine et relationnelle qui nous intéresse ici. La conciergerie n’est plus seulement un service, mais une philosophie du vivre-ensemble, une manière de repenser nos espaces comme des lieux de vie et non simplement comme des structures fonctionnelles. Elle s’inscrit dans une démarche où le concierge devient un facilitateur du “bien habiter ensemble”, un acteur clé pour renforcer le lien social et améliorer la qualité de vie dans les lieux d’habitation ou de travail
Le document qui suit rassemble différents extraits et citations sur le sujet, qui proviennent de projets de terrain, de témoignages, et de la littérature, qui permettent de penser la conciergerie comme un facilitateur du bien habiter ensemble.