Journal de bord
La Cour a déjà vécu plusieurs vies.
Les Résidences Merveilleuses sont un dispositif visant à explorer l’hospitalité et le prendre soin sur trois terrains (HUG, EPI, hébergement d’urgence du CausE), en s’appuyant sur cinq principes : immersion dans les réalités quotidiennes, collectif engagé pour des réponses partagées, création d’expériences collaboratives, émergence des défis priorisés par les acteur·rice·s, et documentation pour capitaliser les apprentissages. Structuré en trois phases (observation, expérimentation, partage), le projet mobilise des groupes adaptatifs (résident·e·s, relais terrains, co-résident·e·s, comité terrain) pour co-construire des communs (récits, outils, méthodes) et inspirer d’autres initiatives, tout en ancrant une démarche de design social réplicable et collaborative.
Rebattre les cartes
Nous sommes arrivées avec nos habitudes.
Celles qui nous aiguillent à trouver du sens dans les mots, qui nous poussent à vouloir comprendre rapidement ce qui se passe autour de nous. Celles qui nous font croire que regarder suffit pour voir.
Aux EPI, il a fallu ralentir.
Revenir.
Observer.
Accepter de ne pas comprendre tout de suite.
Certaines situations nous ont d’abord déconcertées. Des cris qui surgissent sans prévenir. Des mouvements saccadés, des gestes répétés encore et encore. Des silences aussi.
En observant les éducateur·rices au travail, nous avons compris qu’il allait falloir apprendre à lire à nouveau.
Lire une distance qu’on réduit ou qu’on augmente.
Lire une tension qui monte, une énergie qui déborde.
Lire ce qui se raconte quand les mots ne sont pas au premier plan.
Petit à petit, les cartes se sont rebattues.
Les cris nous ont moins surpris. Nous avons appris qu’ils n’étaient pas toujours le signe d’une souffrance ou d’un danger. Qu’ils pouvaient aussi être une grande joie, une frustration, une excitation, une émotion qui cherche simplement un passage pour exister.
Nous avons appris qu’ici, les émotions empruntent parfois des chemins plus directs. Elles arrivent sans détour, sans masque, sans filtre.
Et cela demande une attention particulière, une présence, une patience immense.
Car lorsque les émotions débordent, il faut bien trouver comment les accueillir.
C’est peut-être ce qui nous a le plus marquées. Cette capacité des équipes à s’ajuster continuellement.
À changer un rythme.
À modifier une approche.
À proposer un détour.
Comme si chaque journée consistait à accorder un instrument qui ne sonne jamais tout à fait de la même manière d’un jour à l’autre. Un travail minutieux, presque artisanal. Ici, personne ne semble appliquer une partition toute faite : on écoute, on ajuste.
Les équipes du jour prennent le relais des équipes de nuit. Chacune récupère quelque chose du mouvement précédent. Une histoire, une énergie, un équilibre fragile parfois.
L’accordage ne s’arrête jamais vraiment. On cherche toujours comment mieux habiter, comment révéler le meilleur de ce qu’il y a en chacun de nous, comment continuer à grandir ensemble.
Au fil des semaines, nous avons compris que le soin ne consistait pas seulement à accompagner des personnes.
Il consistait aussi à donner des formes habitables à ce qui déborde.
À créer des repères.
À rendre certaines situations un peu plus vivables.
À permettre à chacun de trouver sa place dans un monde qui n’est pas toujours réglé sur le même tempo.
Nous étions venues pour observer. Nous avons appris.
À ralentir, à regarder autrement, à accepter de ne pas tout comprendre immédiatement. À lire les gestes, les rythmes et les présences, à se faire à ce nouveau langage.
Les EPI nous ont appris que comprendre n’est pas toujours l’objectif. Que parfois, il s’agit d’abord d’être présent, d’écouter, de chercher ensemble une manière de se rencontrer, et de reconnaitre notre humanité commune, même lorsque celle-ci s’exprime dans une langue qui n’est pas la nôtre.Les Résidences Merveilleuses sont un dispositif visant à explorer l’hospitalité et le prendre soin sur trois terrains (HUG, EPI, hébergement d’urgence du CausE), en s’appuyant sur cinq principes : immersion dans les réalités quotidiennes, collectif engagé pour des réponses partagées, création d’expériences collaboratives, émergence des défis priorisés par les acteur·rice·s, et documentation pour capitaliser les apprentissages. Structuré en trois phases (observation, expérimentation, partage), le projet mobilise des groupes adaptatifs (résident·e·s, relais terrains, co-résident·e·s, comité terrain) pour co-construire des communs (récits, outils, méthodes) et inspirer d’autres initiatives, tout en ancrant une démarche de design social réplicable et collaborative.
Les EPI de Thônex I et II sont dédiés à l’accompagnement individualisé des personnes en situation de handicap et à l’insertion sociale et professionnelle. Leur mission s’inscrit dans une dynamique d’autodétermination, favorisant l’autonomie avec des prestations adaptées à chacun·e.Traverser la maison
Nous sommes entrées pour la première fois dans cette grande maison aux fenêtres bleues une matinée de décembre.
Nous y sommes restées des semaines. D’abord attablées discrètement aux tables de la cafétéria, nous cherchions quel chemin emprunter pour faire connaissance avec ce lieu. Alors on s’est tapies au creux de son hall et on a observé sagement.
Comment la lumière y pénètre ?
Qui y vient ?
Qui en sort ?
Comment se présente-t-on à elle ?Nous avons tendu l’oreille.
Aux conversations, aux mots qu’on échange autour d’un café, à tout ce qui se manifeste à bas bruit.Et puis, gentiment, la Maison nous a attrapées par la main.
Elle nous a fait arpenter ses couloirs, nous a accueillies derrière ses secrétariats, dans ses salles d’attente, elle nous a indiqué ses portes fermées.
Nous avons petit à petit adopté ses rythmes, ses habitudes, ses détours.
Au fil des cafés partagés et des parties d’Uno, elle nous a livré sa première leçon :
le soin ne tient pas seulement à des protocoles, mais à une manière d’essayer, continuellement, de faire autrement. De créer de la place, de jeter des ponts entre
les pratiques, de dresser la table pour de nouvelles invitées.La Maison nous a appris qu’accueillir ne signifiait pas simplement ouvrir des portes, mais que c’était surtout une manière de ne pas avoir peur de ce qui vient du dehors. Parce qu’accepter de la visite, c’est accepter que le mouvement donne vie, que le dehors transforme un peu le dedans.
La Maison a mis sur notre chemin des soignantes et des soignants, qui se retrouvent autour d’un café avant de repartir soutenir d’autres vies que les leurs. Des secrétaires qui accueillent et rassurent, autant qu’elles orientent. Des enfants qui courent, qui gribouillent ou qui s’impatientent. Des ados qui cherchent un coin où disparaître, ou un endroit où se relier à nouveau. Des parents fatigués, ou emplis d’espoir.
Cette grande Maison accueille tant d’émotions. Petit à petit, elle nous a également livré les siennes. Ses joies, ses succès, ses grands chagrins, ses tentatives ratées - celles qui prouvent justement qu’elle essaie.
Nous ne sommes pas venues ici pour produire un diagnostic surplombant, mais pour écouter ce que cette Maison essaye déjà de fabriquer : des passages plutôt que des barrières, des respirations plutôt que des procédures, un refuge en attendant que passe la tempête.
Chaque jour cette Maison accueille des personnes qui viennent chercher quelque chose : un rythme, un équilibre, de la confiance, du sens, des conseils, un peu de force pour mieux redémarrer.
Alors on a essayé, sans brusquer, de se glisser dans ses mouvements.
De voir là où ça circule bien, là où ça coince un peu aussi.
Là où l’on se rencontre sans que ce soit prévu.
Là où certains espaces attendent encore qu’on ose les habiter pleinement.On a avancé doucement. En laissant des carnets sur ses tables, en écoutant ses récits, en observant ses gestes qui rendent un lieu plus habitable, en y montant une cabane avec du scotch et du tissu.
Aujourd’hui, on vous convie à imaginer avec nous, parce qu’on ne prétendra jamais savoir mieux que la Maison ce dont elle a besoin. On a besoin de vous pour savoir comment on peut continuer ses élans, imaginer comment certains seuils pourraient être plus doux à franchir, comment certains espaces pourraient devenir plus appropriables et vivants, comment certains liens pourraient continuer à circuler, entre les étages, les équipes, le dedans, le dehors.
Les propositions qui suivent sont nées de là, de ce que la Maison a bien voulu nous livrer.
On a écouté du mieux qu’on pouvait.
Merci de nous avoir laissé tendre l’oreille.
Merci pour la confiance.
Merci d’essayer, chaque jour, de faire du soin une manière de rester humain ensemble.Les Résidences Merveilleuses sont un dispositif visant à explorer l’hospitalité et le prendre soin sur trois terrains (HUG, EPI, hébergement d’urgence du CausE), en s’appuyant sur cinq principes : immersion dans les réalités quotidiennes, collectif engagé pour des réponses partagées, création d’expériences collaboratives, émergence des défis priorisés par les acteur·rice·s, et documentation pour capitaliser les apprentissages. Structuré en trois phases (observation, expérimentation, partage), le projet mobilise des groupes adaptatifs (résident·e·s, relais terrains, co-résident·e·s, comité terrain) pour co-construire des communs (récits, outils, méthodes) et inspirer d’autres initiatives, tout en ancrant une démarche de design social réplicable et collaborative.
La Maison de l’enfance et de l’adolescence des HUG (MEA) est un lieu de soins pour les enfants et les jeunes, d’enseignement et de recherche qui se distingue par sa dimension ouverte sur la cité à travers la mission de la fondation Convergences.