Nous sommes entrées pour la première fois dans cette grande maison aux fenêtres bleues une matinée de décembre.
Nous y sommes restées des semaines. D’abord attablées discrètement aux tables de la cafétéria, nous cherchions quel chemin emprunter pour faire connaissance avec ce lieu. Alors on s’est tapies au creux de son hall et on a observé sagement.
Comment la lumière y pénètre ?
Qui y vient ?
Qui en sort ?
Comment se présente-t-on à elle ?
Nous avons tendu l’oreille.
Aux conversations, aux mots qu’on échange autour d’un café, à tout ce qui se manifeste à bas bruit.
Et puis, gentiment, la Maison nous a attrapées par la main.
Elle nous a fait arpenter ses couloirs, nous a accueillies derrière ses secrétariats, dans ses salles d’attente, elle nous a indiqué ses portes fermées.
Nous avons petit à petit adopté ses rythmes, ses habitudes, ses détours.
Au fil des cafés partagés et des parties d’Uno, elle nous a livré sa première leçon :
le soin ne tient pas seulement à des protocoles, mais à une manière d’essayer, continuellement, de faire autrement. De créer de la place, de jeter des ponts entre
les pratiques, de dresser la table pour de nouvelles invitées.
La Maison nous a appris qu’accueillir ne signifiait pas simplement ouvrir des portes, mais que c’était surtout une manière de ne pas avoir peur de ce qui vient du dehors. Parce qu’accepter de la visite, c’est accepter que le mouvement donne vie, que le dehors transforme un peu le dedans.
La Maison a mis sur notre chemin des soignantes et des soignants, qui se retrouvent autour d’un café avant de repartir soutenir d’autres vies que les leurs. Des secrétaires qui accueillent et rassurent, autant qu’elles orientent. Des enfants qui courent, qui gribouillent ou qui s’impatientent. Des ados qui cherchent un coin où disparaître, ou un endroit où se relier à nouveau. Des parents fatigués, ou emplis d’espoir.
Cette grande Maison accueille tant d’émotions. Petit à petit, elle nous a également livré les siennes. Ses joies, ses succès, ses grands chagrins, ses tentatives ratées - celles qui prouvent justement qu’elle essaie.
Nous ne sommes pas venues ici pour produire un diagnostic surplombant, mais pour écouter ce que cette Maison essaye déjà de fabriquer : des passages plutôt que des barrières, des respirations plutôt que des procédures, un refuge en attendant que passe la tempête.
Chaque jour cette Maison accueille des personnes qui viennent chercher quelque chose : un rythme, un équilibre, de la confiance, du sens, des conseils, un peu de force pour mieux redémarrer.
Alors on a essayé, sans brusquer, de se glisser dans ses mouvements.
De voir là où ça circule bien, là où ça coince un peu aussi.
Là où l’on se rencontre sans que ce soit prévu.
Là où certains espaces attendent encore qu’on ose les habiter pleinement.
On a avancé doucement. En laissant des carnets sur ses tables, en écoutant ses récits, en observant ses gestes qui rendent un lieu plus habitable, en y montant une cabane avec du scotch et du tissu.
Aujourd’hui, on vous convie à imaginer avec nous, parce qu’on ne prétendra jamais savoir mieux que la Maison ce dont elle a besoin. On a besoin de vous pour savoir comment on peut continuer ses élans, imaginer comment certains seuils pourraient être plus doux à franchir, comment certains espaces pourraient devenir plus appropriables et vivants, comment certains liens pourraient continuer à circuler, entre les étages, les équipes, le dedans, le dehors.
Les propositions qui suivent sont nées de là, de ce que la Maison a bien voulu nous livrer.
On a écouté du mieux qu’on pouvait.
Merci de nous avoir laissé tendre l’oreille.
Merci pour la confiance.
Merci d’essayer, chaque jour, de faire du soin une manière de rester humain ensemble.